Une rencontre au sommet entre Marlène Soria et la famille Meilleur – Dîner du 9 février 2016

Non classé

Les Chefs René et Maxime Meilleur ont mis à l’honneur Marlène Soria et ses vins du Languedoc lors de la dernière soirée œnologique à La Bouitte.

A l’aube de ses soixante-dix ans, Marlène Soria reste une femme étonnante et passionnée. Mardi 9 février, la viticultrice des Coteaux du Languedoc faisait découvrir les vins de haute personnalité de son domaine Peyre Rose. Une production aussi intimiste qu’atypique.

Ancien agent immobilier, Marlène Soria, a eu le coup de cœur pour la région du Languedoc dans les années quatre-vingt. « J ‘avais envie de changer de profession », explique-t-elle. « J’ai recherché un petit coin pour m’exiler et je suis tombé sur les hauteurs de Saint-Pargoire, dans une garigue perdue et le coup de cœur pour ce coin sauvage a été immédiat. Après avoir suivi une formation au lycée agricole de Montpellier, j’ai acheté soixante hectares pour me lancer dans la plantation de vingt-trois hectares de vignes entre 1981 et 1984. Une première pour moi. Il n’y avait rien, ni eau, ni électricité, juste des ruines que j’ai dû transformer en cave et habitation.

Les débuts ont été très difficiles, il a fallu mettre en place un groupe électrogène pour l’électricité et forer à près de 170 mètres de profondeur pour avoir de l’eau ! J’étais toute seule au milieu de nulle part et on m’appelait Calamity Jane ! Autre paramètre que je n’avais pas pris en compte, c’était la mauvaise réputation des vins du Languedoc dans ces années et ma première récolte en 1988 n’a trouvé aucun acheteur. Faute de clients, j’ai dû me résigner pendant cinq années à vendre une petite partie de ma production au négoce. Puis, en 1993, j’ai reçu un appel d’un agent pour le marché américain, Peter Vezan qui a été mon sauveur. Séduit par mes vins, il m’a permis de développer mes ventes à l’export, en m’avançant la trésorerie pour financer les mises en bouteilles.

Puis tout s’est enchaîné par la suite. Des importateurs et des professionnels du vin ont commencé à m’appeler pour commercialiser mes vins et j’ai fait mon entrée dans le guide Parker. Et c’est depuis 1996, que les vins du Languedoc ont commencé à avoir une bonne réputation aidés aussi par les excellentes critiques de certains guides (Gault et Millau, Michel Bettane, RVF, Jacques Dupont…). Aujourd’hui je produis près de trente-cinq mille bouteilles de vins par an et je fais, seule, que de la culture biologique car je laisse la nature s’exprimer dans mes vins ».

Tout comme René et Maxime Meilleur, Marlène Soria est une autodidacte. Deux chemins qui ne pouvaient que se croiser et s’entendre à l’occasion du dîner œnologique que les deux chefs ont concocté pour un accord mets-vins aux arômes tout en complexité et en puissance.

Bouteilles Peyre Rose

La dégustation a commencé par une verticale de 3 millésimes de la cuvée Oro, l’un des plus grands vins blancs d’expression Méditerranéenne. Le 1999 était impressionnant par son immense longueur, son caractère à la fois très aromatique, ciselé, fumé et iodé.

Les 3 cuvées rouges de Peyre Rose ont été ensuite à l’honneur. D’abord Marlène n°3, les vignes les plus récentes, dégustées sur le millésime 2004 (65 % syrah et 35 % grenache). Ces terres noires argilo-calcaires développent des senteurs caractéristiques de sous-bois.

A suivi le monumental Syrah Léone 2003, sur un terroir d’argiles rouges un peu protégé des vents, où la Syrah reine (90%) donne, combinée à 10 % de mourvèdre, des vins solaires, denses et subtilement boisés. Malgré le millésime de la canicule, aucune lourdeur ! Le vin reste étonnamment vivant et digeste ! Une gageure, permettant un superbe accord sur des rougets de roche.

Place ensuite aux flacons les plus célèbres du Domaine, le Clos des Cistes (85 % syrah et 15 % grenache) : un vin esthète, insondable, très long, et d’une complexité sans égale dans la région. Un terroir parsemé de gros blocs de pierre, et balayé par les vents. Après 2005 et 2002, le 1998 a recueilli tous les suffrages, par sa grande noblesse. Les 4 h de carafe étaient plus que nécessaires. Un géant encore loin d’être à son apogée. René et Maxime Meilleur ont su sortir de leur registre habituel (plus en suggestion qu’en affirmation), et se mettre au service de ces grands vins du Sud. Le carré de sanglier notamment, magistral, restera dans les mémoires.

Après un tel voyage des sens, on ne peut avoir qu’une envie : gagner ses terres arides de Peyre Rose, découvrir et comprendre ces terroirs uniques aux expressions si singulières. Et profiter d’une parenthèse hors du monde. Merci Marlène Soria de nous faire partager des moments si précieux.

Gaël SONOKPON et Yves BONTOUX

Découvrez le menu de la soirée

Copyright photos : Gaël SONOKPON

Share Button